Temoignagnes

Fais-toi confiance, suis ton feeling et vas-y ! Février 2022


Rencontre avec Marie-Eve Laniel-Beauchesne
 

Votre titre : Infirmière clinicienne en dispensaire
Où travaillez-vous ? Le Centre de santé Inuulitsivik, actuellement au dispensaire à Umiujaq
Nombre d’années d’exercice : presque 4 ans au Nord, 10 ans comme infirmière

Marie-Eve Laniel-Beauchesne a plus de 10 ans d’expérience en soins infirmiers. Elle pratique au Nunavik depuis les quatre dernières années. Un rôle inspirant, n’est-ce pas ? Apprenons-en plus sur la carrière et le cheminement de Marie-Eve.
 

Marie-Eve Laniel-Beauchesne, pourquoi vouliez-vous travailler au Nunavik ?

J'ai eu l'opportunité d'aller visiter mon père à Radisson, La Grande, où il travaillait à l'époque, plusieurs fois dans ma jeunesse, alors lorsque je suis devenue infirmière j'ai toujours voulu venir exercer ici, au Nunavik. Cela fait près de quatre ans que je suis infirmière clinicienne en dispensaire, dans le petit village d’Umiujaq.
 

Et maintenant, vous êtes infirmière en rôle élargi, c’est exact ?

Oui, j'ai commencé au Nord en travaillant sur l'unité de soins à Puvirnituq pour ensuite obtenir la formation en rôle élargi. C'est accessible ; la formation ne dure qu’un mois. Parfait pour ceux et celles qui désirent sortir de sa zone de confort ! Travailler en rôle élargi signifie qu'on a une pratique infirmière qui se distingue des gros centres de santé du fait qu'il n'y a pas toujours un médecin avec nous physiquement, en village, lors de nos évaluations. Alors nous sommes amenés à évaluer des patients, initier des traitements et effectuer des techniques spécifiques, selon l’état de santé du patient et selon le guide thérapeutique de l'établissement. Par exemple faire des points de sutures.


Qu’est-ce que vous préférez dans votre équipe de travail ?

L'harmonie au sein de l'équipe—on est comme une petite famille—et le travail d'équipe. C’est grâce à cette équipe que j'ai fait presque quatre ans ici. En premier lieu, je devais partir seulement pour un an. On vit tellement de choses intenses sur une courte période de temps, on vit ensemble dans une petite communauté. On est comme plusieurs électrons libres qui sont partis à l'aventure et se sont retrouvés au Nord, à la poursuite du même but : approfondir notre expérience infirmière et découvrir un territoire et sa culture unique.
 

Quels avantages voyez-vous à travailler au Nord ?

En dehors des amitiés développées, j’apprécie mon horaire de travail. J'ai choisi de travailler à temps partiel, donc je travaille par intervalles d’un mois (quatre à cinq semaines de travail pour quatre à cinq semaines de vacances), donc six mois par année. Si tu es un(e) amateur(e) de plein air comme moi, tu n’en auras jamais assez au Nord. C'est un vaste monde et territoire à découvrir à perpétuité. Les possibilités et opportunités au niveau professionnel sont également riches et variées.
 

Racontez-moi une anecdote ou un moment que vous avez vécu en tant qu’infirmière au Nord.

Je me rappellerai toujours d'une de mes patientes qui a accouché en dispensaire, dans un petit village, sans sage-femme, sans médecin. Juste nous, quatre infirmières. Le soir même le ciel valsait tellement il avait des aurores boréales. Ce sont des moments forts. J'ai eu aussi l'opportunité de donner des soins à domicile et accompagner des familles. Lorsque je suis entrée chez l'une d'entre elles, ils étaient assis par terre—c’est ainsi que les Inuits préparent la nourriture, assis en rond tous ensembles—et préparaient l’outarde qu'ils venaient de chasser. Ils étaient bien fiers de me la montrer !
 

Terminez la phrase : En prenant ce poste, je n’aurais jamais pensé que…

J'étais aussi polyvalente !! ahah ! La possibilité de faire autant de choses et de toucher à plusieurs champs de pratiques infirmières. Santé communautaire, vaccination, suivi infantile, santé mentale, suivi pré/postnataux, infirmière de liaison, suivis de santé publique (tuberculose, santé sexuelle, COVID-19). Les champs de pratique peuvent varier selon les dispensaires. Certains d'entre eux ont plus de ressources que d'autres telles que sages-femmes, médecins, infirmière en santé publique...
 

Merci ! (Nakurmiik en inuktitut ;) )

Rencontre avec Sophal Suos, infirmière au Nord Novembre 2021


Votre titre : Infirmière
Où travaillez-vous ? J’ai travaillé surtout à la clinique de Kuujjuaq et dans toutes les communautés de la baie d’Ungava.
Nombre d’années d’exercice : Dix ans à temps plein au Nord (depuis 4 janvier 2010). En congé d’étude depuis octobre 2020, je suis à temps partiel occasionnel.
 

Sophal, il y a plusieurs années que vous êtes infirmière au Nunavik. Qu’est-ce qui vous a amené à prendre un tel emploi, au tout début ? 

Mon leitmotiv dans ma vie est d’aller au-delà de l’inconnu.

Ma motivation première, c’était ça : aller au-delà de l’inconnu. Dès que j’ai terminé ma technique en soins infirmiers, je voulais aller dans le Grand Nord. J’ai d’abord prix un peu d’expérience en allant travailler au centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal. Par la suite ce n’était qu’une suite logique : j’avais croisé des collègues à l’Hôpital général de Montréal qui ont déjà travaillé pour le Centre de santé Tulattavik de l’Ungava (CSTU) et ils avaient des étoiles dans les yeux en me contant leur expérience. J’ai posé ma candidature, et j’ai obtenu le poste.
 

Et maintenant, vous êtes infirmière en rôle élargi. Qu’est-ce que cela signifie ? Était-ce difficile à obtenir ?

J’ai obtenu mon rôle élargi en mai 2010, cinq mois après mon arrivée. Ces cinq mois m’ont permis de me familiariser avec la culture de soins du Grand Nord et la population elle-même. Par la disparité géographique et physique, le rôle élargi est plutôt de mise, car elle permet aux six communautés de la Baie d’Ungava de recevoir des soins qui sont régis par des ordonnances collectives (appliquées selon un consortium de médecins, pharmaciens, infirmières-infirmiers du Grand Nord). Le rôle élargi signifie l’autonomie à son plein potentiel. Elle me permet encore aujourd’hui, même si je travaille à temps partiel puisque je poursuis mes études, d’exercer mon jugement clinique et avoir un sentiment d’accomplissement lorsque le patient apprécie les soins reçus. Il n’est pas difficile d’obtenir le rôle élargi, car la matière est intéressante et stimulante. Cette formation était passionnante !
 

Croyez-vous que cela vous sera bénéfique pour la suite de votre carrière ?

Je suis en train de suivre la formation intégrée en soins infirmiers de l’Université de Sherbrooke. Mes 10 ans passés au Nord en tant qu’infirmière en rôle élargi représentent beaucoup d’expérience et de savoir. En ce moment, la matière vue à l’université ne m’est pas étrangère et les cours sont loin d’être ardus. Mon objectif est d’obtenir mon baccalauréat et ensuite pouvoir poursuivre comme infirmière praticienne spécialisée en première ligne. Mes collègues qui sont passés par le Grand Nord me confirment que la « rôle élargi » a grandement facilité leurs études de maîtrise.
 

Comment décririez-vous votre milieu de travail ? Et votre équipe ?

Le milieu de travail est très stimulant autant sur le plan physique que sur le plan intellectuel. Je m’explique. Travailler en région éloignée, nous sommes entourés de la nature—ici, c’est la toundra !—il est commun de voir les gens se rendre au travail en ski de fond ou en ski doo. La plupart sont des amoureux de plein air ; nous avons ce point en commun. Cette forme de camaraderie se poursuit donc dans le milieu de soins.  L’entraide est le premier mot qui me vient en tête. Étant éloignés, nous sommes plus attentifs au fait que lorsqu’un d’entre nous est malade ou qui ne peut se présenter au travail, nous travaillons en équipe, nous sommes unis dans l’adversité ! Toutes les personnes avec qui j’ai travaillé ont à cœur la santé de la population nordique. Nous venons de milieux de travail différents et avons des expériences professionnelles variées, qui, mises en commun, créent une synergie et promeuvent des soins de qualité.
 

Au travers des années, avez-vous mené la vie dont vous rêviez ?

TOTALEMENT. Je me permets de le souligner en majuscule, car jusqu’aujourd’hui, je suis toujours aussi attendrie par les gens qui vivent au Nunavik et passionnée par mon travail. Je dis souvent nous VIVONS en région éloignée, ce qui signifie un climat rude donc l’obligation de bien se réchauffer et nos patients nous le rendent bien. On entend surtout des échos d’histoires d’alcoolisme, de violence. Par contre, je peux le dire aujourd’hui, j’ai été témoin de tellement de beaux moments que j’aurais besoin de plusieurs pages pour les décrire. Je me contenterai de vous dire en une seule phrase : la résilience de cette population me démontre à quel point tout peut se VIVRE avec le sourire.
 

Quels avantages voyez-vous à travailler au Nord ?

Pour ma part, l’autonomie dans ma pratique comme infirmière. Ensuite je vous dirai : l’équipe. Je n’ai pas retrouvé cela ailleurs. Nous sommes tous des amoureux du plein air et de l’aventure, poursuivant un même but. L’horaire est fait pour que nous puissions voyager, voir notre famille et nos amis. Après deux mois passés au Nord, nous avons un mois complet de congé de travail. J’ai passé mes premières années à voyager à travers le monde, à faire de la voile en Colombie-Britannique sur mon voilier qui d’ailleurs est toujours là-bas. Cette année, je construis une maison en bois rond tout en étudiant et en travaillant à temps partiel. Quel emploi dans le secteur public peut-il me permettre tous ces projets de vie ? Je ne vois pas quel autre emploi me permettrait cela !
 

Racontez-moi une anecdote ou un moment que vous avez vécu en tant qu’infirmière au Nord.

Sans contredit, les évacuations médicales en avion furent mes moments forts et le sont encore ! L’opportunité de joindre l’utile à l’agréable est incroyable : voyager en petit avion (par exemple, en Twin Otter qui est un avion de brousse ou en King Air 300) pour aller prendre soin d’un patient qui demande des soins plus attentifs, le plus souvent pour l’amener se faire hospitaliser à Kuujjuaq ou à Montréal, ça n’arrive pas tous les jours.

Une fois, il était 21 h 30 et j’étais de garde pour les évacuations et je regardais un match de hockey à la télé. Un appel m’a arraché au match, et je me suis dépêchée de sortir dans un froid glacial. Nous allions chercher une patiente âgée avec une difficulté respiratoire. Il fallait apporter plusieurs bobonnes d’oxygène. Le commandant de l’avion me reprochait sévèrement d’en apporter un trop. Je n’avais une seule envie : ne pas lui adresser la parole jusqu’à mon arrivée au sol. Un moment du vol, le premier officier m’a demandé de m’avancer par un signe de la main, près de leur poste de pilotage et m’a passé des écouteurs d’aviation. Le commandant tenait à s’excuser parce qu’il était déçu de manquer la partie de hockey et surtout qu’il n’avait pas de raison de jeter son mécontentement sur moi. J’ai souri et nous avons eu par la suite le plus beau des spectacles, les aurores boréales entourant l’avion !
 

Que diriez-vous à un infirmier ou infirmière qui s’intéresse à un poste comme le vôtre ?

Si ça t’intéresse de relever le PLUS beau des défis en tant qu’infirmier-infirmière, de rendre service à une communauté nordique, mais surtout de vivre la plus belle expérience de VIE, le Nord correspondra à tes attentes ! Crois-moi, j’y suis encore !
 

Merci !


 


Rencontre avec un/une TS en protection de la jeunesse : Maude-Émilie Drolet Novembre 2021

Votre titre : Déléguée jeunesse (LSJPA)
Nombre d’années d’exercice : Trois et demie au Nord, mais cinq en intervention
Employeur : Centre de santé Inuulitsivik
 

Je m’appelle Maude-Émilie Drolet et je travaille au Nunavik depuis trois ans et demi dans le village de Puvirnituq. J’ai la chance de voyager dans tous les villages de la Baie d’Hudson durant ces années. J’ai travaillé au service d’évaluation/orientation de la DPJ pendant deux ans avant de changer de poste pour travailler comme déléguée jeunesse auprès des jeunes ayant des suivis sous la Loi sur le système de justice pénales pour adolescents (LSJPA). Au travers, j’ai été coordonnatrice clinique pour le service de réception et traitement des signalements ainsi que l’évaluation/orientation pendant quelques mois.
 

À quoi ressemble une journée normale de travail, pour vous ?

Mes journées varient beaucoup et sont diversifiées. Je communique avec mes jeunes et j’assure leurs suivis, à savoir s’ils respectent leurs conditions criminelles, s’ils font leurs travaux communautaires, s’ils s’engagent dans leur suivi probatoire. Lors des semaines de Cour criminelle, je me déplace dans les villages et je collabore avec les avocats et les juges en plus de rencontrer les familles et les jeunes. Je leur explique le fonctionnement du processus judiciaire. Je rédige les rapports pré-décisionnels demandés par le tribunal pour faire des recommandations lorsque les jeunes sont jugés coupables pour certaines infractions. Je fais également le suivi avec les jeunes détenus en plus de travailler sur leur réintégration dans leur communauté.

Au-delà de mon travail comme déléguée jeunesse, il m’arrive souvent d’aller soutenir mon équipe lorsqu’il y a des urgences qui surviennent. Je vais faire des interventions de crise lorsque cela est nécessaire.
 

Comment décririez-vous les situations relevant de la protection de la jeunesse, au Nunavik ?

Les situations se font souvent dans un contexte d’intervention de crise avec les différents collaborateurs. Nous intervenons dans des situations où les familles vivent des déséquilibres et où elles sont vulnérables. Cela nous donne accès à des moments émouvants et émotifs avec la clientèle. Cela prend un certain temps avant d’établir des liens de confiance avec la communauté, mais lorsqu’ils sont établis, nous pouvons travailler avec les familles sur leurs difficultés afin de s’assurer que les enfants soient en sécurité.
 

Avez-vous l’impression de réellement faire la différence ?

Je fais de mon mieux du moins et j’espère que les interventions ou les suivis que je fais font la différence. Mon but est d’être honnête et disponible pour mes clients en leur offrant le meilleur soutien possible. Comme je suis consciente que nos réalités divergent, je tente de les soutenir comme je peux. J’apprends également énormément d’eux.
 

Est-ce qu’il y a beaucoup de soutien, entre collègues ?

Lorsqu’il y a une urgence, on constate rapidement le pouvoir de l’équipe et chaque membre soutient les autres. Comme nous vivons la même réalité au travail et en dehors du travail, on s’offre facilement du soutien lorsqu’il y a des moments plus difficiles. À chacun notre tour de se sentir plus loin ou moins bien, il est toujours possible de compter sur la présence des autres. Dans certaines communautés où les équipes sont moins grandes, ce sont les partenaires et collaborateurs avec lesquels on développe des liens plus forts et qui agissent comme soutien.
 

Qu’est-ce que ce travail vous apprend ?

Quand j’ai commencé au Nord, je venais de terminer ma maîtrise et j’étais dans les théories. J’ai définitivement eu à adapter mes interventions et ma façon d’être. Cette expérience me fait surtout grandir personnellement où je vois ma façon de vivre différemment.
 

Quels avantages voyez-vous à travailler au Nord ?

Outre rencontrer des personnes extraordinaires et une culture fascinante, les conditions de travail sont considérablement avantageuses. Les semaines de vacances permettent de voyager et les conditions salariales permettent également de mettre des sous de côté pour d’autres projets. Pour moi, il s’agissait de faire du travail social style « international » mais dans ma propre province.
 

Racontez-moi une anecdote ou un moment fort que vous avez vécu au travail.

Un de mes moments forts s’est déroulé en mars 2021, lorsque la course de traineau à chiens Ivakkak s’est terminé à Puvirnituq. Je n’avais jamais vu autant de personnes réunies afin d’accueillir les premières équipes, dont la première de Puvirnituq. La terre s’est mise à trembler par les cris et l’excitation des gens en voyant la première équipe arriver. Un sentiment de fierté et d’appartenance m’a envahie. Je faisais partie de la communauté et je vivais une expérience unique et mémorable. Nous étions allées toute l’équipe ensemble et nous avons croisé nos clients. Tout le monde était réuni pour célébrer le final sans différence et sans chapeau d’intervenants. C’était un moment magique que je n’oublierai jamais !!
 

Complétez la phrase : En prenant cet emploi, je ne m’attendais pas à :

- Créer des amitiés aussi fortes et des souvenirs mémorables
- Tomber en amour avec la culture inuite
- M’acheter un quatre roues et en faire mon moyen de transport principal.
 

Un mot de la fin ?

Bien que ce soit un travail exigeant, c’est une expérience incroyable que je ne regretterai jamais. J’ai rencontré un peuple attachant et drôle, une culture qui a remis en question mes façons de penser en plus de créer des amitiés exceptionnelles. Mon cœur appartiendra toujours un peu au magnifique territoire nordique qu’est le Nunavik. Il faut simplement se donner le temps d’apprécier tout ce qu’il a à offrir.

 

Merci !


Rencontre avec un/une TS en protection de la jeunesse : Margot Ruiz Novembre 2021


Changer de continent pour venir vivre une expérience de travail et de vie est une aventure dans laquelle plusieurs se lancent. Margot Ruiz ne s’attendait pas à ce que son chemin la mène jusqu’au Nunavik, où elle élève maintenant sa famille et occupe le poste de réviseure-chef à la Direction de la protection de la jeunesse au Centre de santé Inuulitsivik. Que retire-t-elle d’un tel parcours ? Découvrons-le dans cette entrevue.
 

Margot Ruiz, réviseure-chef pour la protection de la jeunesse pour le Centre de santé Inuulitsivik à Puvirnituq, nous raconte la réalité de son travail.

Je travaille à la DPJ de Puvirnituq depuis six ans maintenant. Le temps file. Étant étrangère et depuis peu de temps au Canada, je voyais plein d’annonces d’embauche au Nunavik. Je n’avais aucune idée dans quoi je m’embarquais ni ou j’atterrirai. En 2015 j’ai décidé de postuler et de sauter le pas !
 

Comment décririez-vous les situations relevant de la protection de la jeunesse, au Nunavik ?

Ce sont des défis quotidiens. Nous vivons des interventions et des moments intenses, autant dans les bons côtés que les mauvais. C’est vrai que nous sommes confrontés à la misère humaine et sociale mais il ne faut pas oublier que nous avons également accès à de très belles familles, de belles valeurs et surtout, de belles traditions culturelles. Cette porte ouverte sur les familles est en fait un privilège.
 

À quoi ressemble une journée normale de travail, pour vous ?

C’est ça l’affaire. Ça n’existe pas vraiment une journée normale. Notre quotidien est rempli de surprises, de rebondissements, d’urgences et de choses non prévues. On essaie pourtant fort de s’organiser et de prévoir mais la vie ici est faite d’imprévus. C’est d’ailleurs ce qu’on aime tant. Malgré qu’on peut s’en plaindre parfois, il me suffit de 24 heures sans urgence et je m’ennuie !
 

Comment se déroule votre quotidien, en dehors du travail ?

Bon… pour ma part j’ai un bébé et un autre en route ! Donc, les temps libres se font assez rares. Par contre, et j’insiste, il est primordial de s’accorder du temps. La vie au Nord ne se résume pas à notre travail malgré que parfois celui-ci soit omniprésent. C’est si important d’avoir une vie, une vraie vie, à côté. Après six ans, j’ai un bon réseau d’amis, qui sont en fait ma famille nordique. Nous faisons beaucoup de soupers, de soirées non planifiées. C’est aussi ça, la beauté du Nord, c’est jamais compliqué de s’organiser et se faire un souper, des feux de camps, du camping[KP(2]  l’été pour observer les aurores boréales ou encore du ski de fond en plein hiver a -50 !
 

Terminez la phrase : En prenant cet emploi, je ne m’attendais pas à : 

- Faire refroidir un biberon en utilisant de la neige de dehors
- Lutter dans un blizzard à -60 en portant deux bébés dans les bras car l’auto est brisée
- Tomber tant en amour avec le Nunavik au point d’y élever mes enfants
 

 Merci !


Rencontre avec un/une TS en protection de la jeunesse : Gabrielle Tremblay Novembre 2021

L’amour que porte Gabrielle envers le Nunavik ne date pas d’hier. C’est pas à pas que cette travailleuse sociale a fait son chemin vers son poste de rêve et son mode de vie de prédilection. Lisez sa passion au travers de cette entrevue.
 

Gabrielle, votre premier emploi au Nord, c’était en tant que nounou ?

Oui ! Mes débuts au Nord sont quelque peu surprenants. En 2016, j’étais nounou pour une adorable famille dont les parents sont tous deux des employés de la protection de la jeunesse au Centre de santé Inuulitsivik (CSI). J’entendais souvent parler de leur travail et cela m’inspirait !

J’ai été nounou pendant deux ans et demi. En même temps, je terminais mes études à distance. Diplôme en poche, j’étais déchirée de laisser cette famille pour lancer ma carrière. Mais je l’ai fait. J’ai donc commencé à temps partiel comme éducatrice externe et je n’ai pas quitté le Nord depuis. Je suis maintenant spécialiste en activités cliniques.

Il faut dire que je suis complètement tombée en amour avec le Nord. Les paysages, le climat, le rythme de vie, la population, la culture, etc. Je n’avais plus le goût de partir d’ici.
 

Qu’est-ce que vous faites, en tant que spécialiste d’activités cliniques ? 

En tant que spécialiste en activités cliniques, j’appuie les intervenants sur le terrain et je forme les nouveaux. Nous évaluons la situation de l’enfant et de sa famille afin de trouver la meilleure intervention possible, culturellement adaptée, pour répondre aux besoins de l’enfant. Nous trouvons des solutions. Nous devons être créatifs afin de pallier au manque criant de ressources qu’il y a au Nunavik.

Entre nos tâches quotidiennes, les imprévues et les urgences, il n’y a jamais deux journées pareilles ou sans défi. C’est un travail très stimulant et gratifiant.
 

Une journée typique, cela pourrait ressembler à quoi ?

Une chose est sûre, c’est qu’ici on ne s’ennuie pas ! Une journée typique est remplie de rebondissements, de rencontres avec nos clients, de notes, de rires, de chants (oui, nous chantons parfois dans les voitures en route vers chez un client ou en se déplaçant d’un bureau à un autre pour une rencontre. Il y a des moments forts en émotions positives, et, parfois, c’est plus difficile. Nous créons des liens forts avec nos clients et leur famille, avec nos collègues de travail et ensemble nous traversons ce que le quotidien nous amène
 

Comment décririez-vous les situations relevant de la protection de la jeunesse, au Nunavik ?

Nous sommes confrontés à toutes sortes de situations. Les familles que nous suivons traversent certaines épreuves et des moments difficiles. Que ce soit au Nunavik, à Québec où à Saint-Alphonse, la DPJ joue un rôle de protection envers les enfants qu’elle suit et ceux-ci proviennent généralement de familles qui ont des défis à relever. Cela peut engendrer une multitude de situations différentes. Généralement, les gens avec qui nous sommes impliqués, une fois qu’ils te connaissaient et te font confiance, sont accueillants, honnêtes, sensibles, forts, souffrants, attachants et ils aiment rire.[KP(3] 

Il y a des situations de rencontre avec un enfant, avec ces parents, avec toute la famille élargie. Il y a des interventions en situation d’urgence qui sont nécessaires pour assurer la sécurité de l’enfant. Il y a des accompagnements à toutes sortes de rendez-vous, des visites à domiciles ou à nos bureaux. Jusqu’à ce qu’on ferme le dossier !

Comme notre intervention est très intrusive dans l’intimité familiale des gens, les émotions sont souvent aux rendez-vous. Avec raison, un enfant et/ou son parent ainsi que sa famille élargie peuvent parfois être très portés à collaborer et apprécier nos services, comme ils peuvent parfois ressentir une grande frustration ou de la crainte, etc. Une chose est sûre, les liens qui se forment à travers les interventions et les suivis sont faits forts. Il arrive même que certaines familles soient déçues lorsque nous les informons que leur dossier va fermer.
 

Est-ce que c’est toujours très occupé ?

Ça vient par vague, je vous dirais. Il y a des semaines plus calmes où nous faisons à peine de temps supplémentaires, et d’autres où nous en travaillons presque deux en une.

Nous comblons nos temps libres par du camping sur la toundra, des soupers entre amis, des soirées jeux de société, des feux de camp, des ballades en quatre roues ou en motoneige. Personnellement, j’aime bien faire des tours à notre « Canadian Tire » local, le dépotoir. J’y récupère du bois, des pièces de véhicules récréatifs et plein d’autres petits trésors encore en bel état. Avec le bois ou les pièces récupérées, j’aime utiliser mon temps libre pour faire des meubles en bois ou pour réparer ma motoneige.
 

Que diriez-vous de vos collègues, ou du soutien que vous recevez, sur place ?

Je travaille avec des gens en or ! Et notre force est notre travail d’équipe. Nous sommes une équipe tissée assez serrée et nous nous réjouissons ensemble comme d’autres fois nous nous relevons les manches ensemble. Nos cheffes de service nous offrent un grand soutien et la confiance et le respect sont au sein de nos relations professionnelles.
 

Racontez-moi une anecdote ou un moment fort que vous avez vécu au travail.

Je me rappellerai toujours ce moment où on a dû intervenir auprès d’une fratrie nombreuse. Nous avons dû passer quelques nuits au bureau avec les enfants car nous n’avions pas de famille d’accueil pour eux. Un des enfants était excessivement apeuré, sur ses gardes, nous ne pouvions le regarder sans qu’il fasse non de la tête tout en pleurant, criant et se cachant. Nous pouvions encore moins l’approcher. Il refusait de manger, d’enlever son manteau. À un moment, il avait trébuché et s’était fait mal. Nous ne pouvions même pas l’approcher car il avait trop peur et nous fuyais. Je me suis donc mise à jouer avec une de ses sœurs aînées. Nous courrions autour d’un mur qui séparait la cuisine et le salon. Je me suis aperçue que la petite répétait chacun de mes mouvements. Quelques minutes plus tard, l’autre enfant s’est mis à suivre sa sœur qui me suivait. J’ai donc ajouté à cette course où nous avions certains obstacles à surmonter, une station nourriture. Chaque fois que je passais devant je prenais une bouchée. À leur tour la grande sœur et l’enfant en question faisaient de même. Ce jeu a continué un bout de temps et l’heure du coucher est arrivée. Cela m’a fait beaucoup réfléchir, toute cette peur dans le regard de cet enfant, sa méfiance, comme si son enfance, par les multiples traumatismes qui lui ont été imposés, lui avait été volée. J’étais contente au moins que tous aient été finalement nourris et qu’ils se soient un brin amusé malgré les circonstances. Aujourd’hui, trois ans plus tard, cet enfant est stable et l’étincelle a regagné ses yeux. Il me dit bonjour chaque fois que l’on se voit et j’ai même le droit à un câlin franc et spontané ! Cela me surprend encore aujourd’hui.
 

Avez-vous l’impression de réellement faire la différence ?

Je crois que l’anecdote ci-dessus répond à cette question amplement.

Je crois sincèrement que nous faisons une différence. Il y a ces fois où nous nous donnons corps et âme et où nous n’obtenons pas le résultat souhaité. Et il y a toutes ces autres fois où notre intervention a de l’impact et dont nous ne serons jamais au courant.

Avec le temps, on comprend aussi que nous ne sommes pas là pour sauver qui que ce soit. Notre travail vise à protéger, sécuriser, à mettre un terme à la situation de compromission dans lequel un enfant est à ce moment-là. Nous sommes là pour soutenir, offrir des ressources, accompagner, parfois pour enseigner, mais il est tout autant important de respecter le rythme de nos clients. De les accueillir dans ce qu’ils sont et là où ils sont. Ce, sans jugement et dans la bienveillance.

Maintenant, cette différence a quel impact, quelle ampleur ? C’est aux clients d’en juger. « Faire la différence » ne se passe pas toujours comme nous l’aurions espéré en début de carrière. Mais ce ne sera jamais nous qui ferons la plus grande différence dans la vie des enfants que nous côtoyons. Ce sont leurs parents et leur famille.
 

Quels avantages voyez-vous à travailler au Nord ?

La liste est longue. Il y a l’accès simple et rapide à une nature immensurable, la faune et la flore qui sont si différentes de ce à quoi nous sommes habitués. Il y a la découverte d’une culture riche, époustouflante et vivante. Le rythme de vie qui est différent. La création de nouvelles amitiés qui, avec le temps, deviennent la famille nordique. Il y a le partage de connaissances, de valeurs et de mœurs. Les vrais hivers bien enneigés, les longues nuits d’été ensoleillées, la transparence et l’honnêteté des gens d’ici, la simplicité des choses, le contact humain encore très présent. Ici, tout comme lorsque l’on était enfant, les gens n’ont pas de réseau cellulaire, au tour d’une table les gens se parlent entre eux. On n’appelle pas toujours avant d’aller voir un ami. On débarque et on entre tout simplement.
 

Êtes-vous satisfaite de votre choix d’emploi ?

Satisfait est un euphémisme. Je ne me vois pas ailleurs qu’ici.
 

Merci !

 

Albert Roy : pharmacien au Nunavik Octobre 2021


Albert Roy, appréciant le paysage de Torngat Mountains National Park, à l'occasion de quelques jours de congé.



« En travaillant à Kuujjuaq, j’avais la chance d’élargir mon champ de pratique ».

Albert Roy exerce le métier de pharmacien au Centre de santé Tulattavik de l’Ungava depuis plus de quatre ans. Basé à l’hôpital de Kuujjuaq, le plus grand village du Nunavik, M. Roy fait partie de la poignée de pharmaciens qui font en sorte que la population locale reçoive des services pharmaceutiques adéquats. Un emploi pas piqué des vers, nous direz-vous ! Nous avons rencontré pour vous cet amoureux de grands espaces et d’aventures pour en apprendre d’avantage sur sa pratique au Nunavik.
 

M. Roy, ça fait plusieurs années que vous exercez au service de pharmacie du CSTU. Qu’est-ce qui vous a, au tout début, amené à prendre un tel emploi ?

J’effectuais déjà du remplacement dans plusieurs régions de la province quand je suis venu au Nunavik pour la première fois en mars 2017. J’ai toujours eu le goût de l’aventure et je cherchais un nouveau défi professionnel. J’avais de l’intérêt dans plusieurs secteurs, dont la gestion et la pharmacie d’hôpital, mais j’avais décidé de ne pas poursuivre ma formation vers la maîtrise en pharmacothérapie avancée. En travaillant à Kuujjuaq, j’avais la chance d’élargir mon champ de pratique.
 

Comment décririez-vous votre milieu de travail ?

Nous sommes une petite équipe, mais la pratique clinique est très stimulante, car nous sommes énormément sollicités par les équipes médicales. Le milieu reste parfois imprévisible, il faut donc avoir une bonne capacité d’adaptation et être flexible.
 

Que pouvez-vous dire d’un travail de pharmacie au Nunavik, versus un emploi similaire dans le reste du Québec ? 

Le milieu est assez unique, car en plus de pratiquer en région isolée où les ressources sont limitées, il faut être en mesure d’assurer à la fois les services à la pharmacie communautaire et à l’hôpital. La proximité avec les autres professionnels facilite cependant beaucoup le travail. Ce qui rend le milieu authentique reste la population. Nous avons beaucoup à apprendre des Inuits. C’est un peuple vraiment attachant ! La culture et la langue apportent certaines barrières, mais on s’adapte.
 

Racontez-nous une anecdote vécue dans le cadre de votre pratique.

Il y en a beaucoup, mais, à quelques reprises, j’ai été appelé à voyager dans les autres communautés de la Baie d’Ungava pour l’optimisation des soins pharmaceutiques. J’étais à Wakeham Bay en observation et ils ont intubé un patient. Comme les villages n’ont pas la chance d’avoir la présence permanente d’un pharmacien, je me suis donc retrouvé à participer activement à l’intubation avec la validation des doses et la préparation des médicaments. La débrouillardise demeure essentielle dans un environnement comme le nôtre !
 

Quel(s) défi(s) êtes-vous fier d’avoir relevé(s)? Selon vous, quelle(s) expérience(s) vécue(s) au Nord vous rend plus fort dans votre pratique ?

En 2018, je suis devenu pharmacien chef intérimaire alors que mes collègues étaient en congé parental. Avec le peu d’expérience que j’avais, gérer un service complet avec une équipe instable était, pour moi, un immense mandat. En étant hors de ma zone de confort, j’ai été forcé à développer une bonne capacité de résolution de problèmes. Ce fût extrêmement formateur autant dans la gestion de projets que pour la gestion des ressources humaines.
 

Quels sont les principaux avantages à exercer au Nunavik ?

Le Nunavik est une région méconnue, mais c’est une des plus belles au Québec. D’y vivre au quotidien est un privilège. Les quatre mois de vacances et le salaire bonifié sont également des avantages non négligeables, mais c’est surtout la qualité de vie qui est inégalée.
 

Au travers des années, avez-vous mené la vie que vous espériez ?

Au-delà de mes attentes ! Le travail m’a amené ici, mais c’est la vie à l’extérieur de la pharmacie qui m’a retenu ici toutes ces années. En plus des expéditions de plein air inimaginables, ce sont les gens que j’ai rencontrés qui m’ont le plus marqué. J’ai une deuxième famille tellement les amitiés que j’ai développées sont durables.
 


Que diriez-vous à un(e) pharmacien(ne) qui prendra votre relève ?

De ne pas trop hésiter et de se laisser surprendre. Pour vivre une expérience nordique hors du commun, il faut y aller à fond. Le Grand Nord enseigne de belles leçons de vie !


Merci M. Roy !

Le premier nutritionniste au centre de santé Tulattavik de l’Ungava Novembre 2017

Il y a quatre ans, lors d’une soirée d’été passée sur une terrasse à Montréal, un ami me parle du poste de nutritionniste affiché au centre de santé Tulattavik de l’Ungava.

Ma première réaction était : « Quoi? Aller travailler et vivre dans le Grand Nord? Non, c’est trop loin pour moi, mon ami. »

Je rentre chez moi ce soir-là, et par simple curiosité, je trouve sur internet l’affichage du poste dont la date limite pour postuler était déjà dépassée.

Je lis et relis la description, les critères du poste et je réalise qu’il répond exactement à mes qualifications. De plus, je réalise que je serais le premier nutritionniste au centre de santé et que j’aurais le mandat de monter le service tant au niveau clinique qu’au niveau préventif, si ma candidature était retenue. Un beau défi à prendre malgré un petit doute qui me hante.

Je discute avec mon amie Carole, et elle me convainc d’appliquer et m’aide à rédiger la lettre de motivation. Alors, avec encore un peu d’hésitation, j’applique pour le poste un dimanche soir avant d’aller me coucher.

Et voilà, il a juste fallu quelques semaines avant que je sois embauché. Je dois avouer que j’étais stressé et que je ne m’attendais pas du tout à ce que la procédure d’embauche soit aussi rapide. En fait, j’ai reçu un appel de Kuujjuaq pour me parler de la procédure de déménagement avant même d’avoir reçu la lettre d’embauche.  Un signe que je devais venir travailler dans le Grand Nord.

Donc, la journée de mon départ, le 18 Novembre 2013, l’agent au comptoir de First Air m’annonce qu’il était possible qu’on atterrisse à Iqaluit plutôt qu’à Kuujjuaq à cause du mauvais temps. « QUOI? »  Je fais quoi moi alors? Je me suis dit que peut-être que je verrais un ours polaire à ma première journée dans le Nord. Mais non! Cela m’a pris trois ans avant d’en voir un. Une expérience que peu de gens ont la chance de vivre.  J’ai aussi appris assez rapidement que venir travailler dans le Grand Nord demande beaucoup de patience et de confiance face à l’incertitude qui est quasi présente, surtout quand on voyage régulièrement entre les différents villages.

D’un point de vue professionnel, quand on travaille dans le Grand Nord, on doit faire face constamment aux défis psychosociaux comme le taux de suicide élevé, les problèmes de consommation, le problème de logements et certains problèmes médicaux comme la tuberculose. Mais, en tant que nutritionniste je dois vous avouer que le défi est aussi très grand et même plus grand que ce à quoi je m’attendais. Couvrir le service clinique, préventif, promotionnel de la santé et même le volet sécurité alimentaire pour toute la population de la baie d’Ungava demande de l’organisation, de la discipline et de la créativité. Mais le plus important dans tout cela, c’est de comprendre la culture inuit et les défis que la population doit affronter pour être en santé. Pour réussir ici, il faut être à l’écoute des besoins du milieu et surtout rester humble. C’est lorsque les jeunes du village te surnomment « Mr. Smoothie » que tu sais que tes activités commencent à avoir un petit impact positif chez les jeunes, et c’est rassurant.

Le Grand Nord est ce vaste et beau territoire qui cache des surprises et beaucoup de défis. Je l’ai découvert grâce à mon métier de nutritionniste et cela m’a permis de découvrir non seulement les grands paysages, mais aussi de faire la rencontre de personnes formidables.

Ce fut ma façon de découvrir le Grand Nord. Je vous invite donc à venir le découvrir à votre façon.

Alain Ishac, Nutristionniste
Centre de santé Tulattavik de l’Ungava

Une expérience professionnelle et personnelle inégalable Octobre 2017

Depuis le début de mon aventure nordique, on m’a souvent dit : «Tu travailles pour la DPJ au Nord, ça ne doit pas être facile…». Effectivement, ce travail représente de grands défis et d’être exposée à la souffrance humaine, mais comment trouver les mots pour témoigner de la richesse de cette expérience.

Intervenir en relation d’aide dans une langue et une culture étrangères exigent une constante réflexion concernant les interventions à privilégier. L’expérience et l’autonomie acquises ici sont d’une richesse inégalable. Être témoin de personnes trouvant des solutions originales à leurs difficultés ou développant leurs capacités d’adaptation sont des moments de bonheur qui compensent les autres difficultés. Le travail ici est rempli de surprises : vivre uniquement au rythme des avions, manger du caribou fraîchement chassé pour remerciement, ne pouvoir rencontrer les pères d’un village à cause de la saison de la chasse aux bélugas, etc. Pratiquer la psychoéducation en contexte interculturel fût ma motivation pour travailler et vivre « au Nord »; chaque jour est un nouveau défi professionnel.

Dans le Nord québécois, tes collègues de travail deviennent tes amis. La solitude que j’anticipais ne m’a jamais réellement atteinte.

Que de beaux moments passés à profiter de la beauté du climat, les marches dans la toundra, les randonnées en raquettes, les feux de camps, les aurores boréales et, même, les rares journées à la plage! Le Nord nous pousse à connaître nos limites, à les surpasser et, par le fait même, à mieux se connaître soi-même. L’apprentissage de la culture inuit est aussi magnifique; que dire de ces personnes qui continuent de partager leurs savoirs ancestraux au gré des nombreux arrivés et des départs.

Pour moi, la dureté du Nord contraste parfois avec toutes ses beautés, mais l’expérience professionnelle et personnelle que je vis ici est sans contredit une des plus enrichissantes de ma vie.

Marilou Brière, Psychoéducatrice
Direction de la protection de la jeunesse - Tulattavik

L'aventure de ma vie Septembre 2017

L’aventure de ma vie a débuté en juin 2016 sur l’unité de soins à Puvirnituq. Désirant me développer personnellement et professionnellement, cela faisait un bon moment que je m’informais sur la réalité du Nunavik. Entre les dires des amis, ce que les médias affichent ainsi que ma propre vision du Nord du Québec, je sautais enfin dans l’avion vers ce village éloigné avec qu’une seule chose en tête : apprendre ! 

Pour apprendre, oh oui ! Cette expérience m’a sorti de ma zone de confort depuis la toute première minute ou j’ai mis les pieds sur le pergélisol. Que ce soit par les paysages à couper le souffle, l’authenticité du peuple Inuit ainsi que les fortes valeurs familiales et communautaires, une voix intérieure me disait que cet endroit bien spécial allait m’apporter énormément… Et il le fait encore aujourd’hui.

Le Nunavik est définitivement un lieu d’introspection. Cet endroit où l’on prend le temps, chose qui passe souvent en seconde priorité dans la frénésie des grandes villes. On prend le temps de regarder le ciel, ses aurores, ses nuages... On prend le temps d’apprécier notre courage et notre chance de pouvoir vivre cette expérience enrichissante. 

Puis une année merveilleuse passa. Une année de rencontres amicales, de découvertes sur soi-même ainsi que d’apprentissages continuels.  Le Nunavik est comme une thérapie : tu y redécouvres tes intérêts, y élargis tes horizons et y développes ta maturité. Chaque situation te confronte afin de devenir une meilleure personne, jour après jour. 

Encore aujourd’hui, le Nunavik ne cesse de m’en faire voir de toutes les couleurs. Sa diversité culturelle, ses communautés attachantes, son ciel à perte de vue ainsi que ses moments d’introspection font maintenant partis de moi. Que je le veuille ou non, cette expérience m’aura changé à jamais. 

Œuvrant maintenant à la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, je suis choyé d’avoir pu développer mes compétences dans plusieurs champs afin de me rapprocher du domaine qui me stimulait depuis fort longtemps. En ce sens, cette expérience magique permet à chaque personne déterminée de trouver son Nord au travers du Nord. 

En somme, je conseille cette expérience à toute personne désirant surpasser ses limites et cherchant à se développer dans une optique personnelle et professionnelle. Ne vous fiez pas trop aux dires des autres et volez, il n’y a rien de plus beau !

Simon Rioux, infirmier conseiller en enfance, jeunesse et famille
Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik

Mon séjour au Nunavik Août 2016
Nakurmiik, Nunavik.

J’ai attendu jusqu’aux derniers instants avant d’écrire sur le Nunavik. Et c’est seulement à l’aéroport de Kuujjuaq, à quelques minutes avant mon départ, qu’enfin j’ose débuter.

Il y avait cette peur d’être maladroite avec les mots, de ne pas être capable de transmettre ces moments vécus, ces découvertes partagées, de façon adéquate, à l’image de l’apprentissage grandiose que j’ai fait au cours des six dernières semaines. Un sacré bout de chemin.

Il y a une certaine forme de magie, de sagesse, d’histoire insaisissable dans cette parcelle de monde. Une sensation qui se décrit à peine, mais ceux qui auront passé par ici l’auront senti. Et ça se transmet drôlement par écrit.

Avant mon arrivée, on m’avait parlé de région éloignée. Rapidement, on a rectifié. Non, non, ce n’est pas une région éloignée, c’est une région isolée. Pas de route, pas de chemin de fer. Accessible que par avion, et par bateau si la météo est assez clémente pendant l’été. J’ai par la suite appris avec un certain plaisir que l’aéroport de Kuujjuaq était le troisième en importance dans la province, après Montréal et la Québec.

Région isolée certes, mais tellement connectée avec ses terres, ses eaux, ses vents, qu’on y sent plein, entouré, materné. On oublie que le « Sud » n’est qu’à deux, trois heures d’avion tellement qu’on s’y croit ailleurs. Les nuits sont courtes, le ciel reste bleu jusqu’à tard, tard le soir, mais il y a un renouveau qui vient à chaque jour qui commence.

La beauté féroce de l’endroit te remet les deux pieds sur terre. Bien comme il faut. On t’en met plein la vue. Il y a le vent qui frappe, mais tellement frais qu’on l’apprécie à pleines dents. De l’eau partout, qui se boit juste comme ça. Des arbres, un peu maigrichons, mais bien courageux. Et de l’espace. À l’infini, et même plus encore. C’est beau pour longtemps.

C’est une chance de venir au Nunavik, et ma formation m’en a donné l’opportunité. Ce n’est pas facilement accessible, mais ô combien, j’aurais prolongé mon séjour encore plus. Déjà, je pense à des façons de revenir. Mon projet s’est bien déroulé, mais personnellement, il m’en manque un bout. Le Nunavik ne m’a pas encore tout appris ce qu’il veut me transmettre. Je quitte avec encore plus de questions qu’à mon arrivée, une volonté encore plus grande de comprendre cet héritage culturel, ce pan de notre histoire qu’on tente trop souvent d’oublier, de minimiser ou de transformer.

On décrit souvent le Nord du Québec comme une région difficile, pauvre, violente, dure, qui se fait barrouetter dans les -50º de l’hiver blanc. Mais je voulais en parler d’une autre façon. J’en conviens que mes six semaines n’en sont qu’une fraction, mais j’ai eu l’impression de vivre ici plus jamais ailleurs. De renouer avec moi-même. Avec ces rêves oubliés. 

Il y a les rires fréquents, les gens qui t’accueillent les bras grands ouverts, les histoires de chasses qui ne tiennent pas debout. Il y a la notion du temps qu’on balance un peu à gauche, un peu à droite, qu’on suspend. Il y a l’intermittence de la connection internet, balancée par la constance du ciel. Il y a les « petits » saumons de quarante centimètres bien remplis en chair, le plaisir de se baigner dans l’eau glaciale, la fierté du gibier fraîchement chassé. Il y a ce respect envers les aînés et les enfants, l’honnêteté des sourires, la profondeur des regards.

Il y a le chef de police qui a travaillé pour les casques bleus de l’ONU. Il y a la flotte d’Air Inuit qui fait des miracles sur des pistes cabossées à peine plus grandes que mon salon. Il y a ces gens qui m’ont appris à pêcher, à tirer, à profiter. Il y a les soupers improvisés, le caribou gelé, le bar multi-générationnel de Kuujjuaq où l’on sort en pyjamas.

Il y a cette ardeur dans le travail accompli, une volonté palpable de faire quelque chose de bien et durable. Il y a cette connaissance de l’environnement qui change, qui n’est plus comme avant. Il y a cette modernité criante qui se mélange à l’ancestral. Il y a cette façon de réapprendre à poser ses questions, à jongler avec les imprévus prévisibles. Il y a tellement.

Et finalement, le Nunavik m’a montré le calme de la Terre, la puissance de l’espace, la volonté du temps. J’en ai encore beaucoup à partager, de ma passion grandissante pour la santé publique, à mon respect pour ces personnes qui m’ont ouvert leurs bras pour me raconter des parcelles de leur histoire, à mon unique séjour dans le parc national de Kuururjuaq, un des secrets les mieux gardés du monde. Entre temps, et en toute humilité, je dis merci.

Claudel Petrin-Desrosiers
Étudiante en médecine 
Mon aventure nordique! Avril 2016
  

Mon aventure nordique a débuté le 14 juillet 2008 à Puvirnituq. Après un séjour de deux années en Basse-Côte-Nord, où j’avais adoré mon expérience, j’avais soif de plus d’aventure, de travailler en CLSC en région isolée et de connaître le peuple inuit dans le vrai Grand Nord québécois.

Une aventure qui devait à la base durer une année perdure encore… J’ai été charmé par la toundra, les couchers de soleil, les aurores boréales mais avant tout, le travail de première ligne a été un coup de foudre professionnel. Contrairement aux autres villages de la Baie d’Hudson, ici au CLSC de Puvirnituq, nous avons accès au département de laboratoire et de radiologie. Nous pouvons donc, la nuit, après avoir stabilisé le patient, le transférer directement sur civière car l’hôpital est annexé à même le CLSC. Par contre, des nuits blanches à évaluer des bébés ou stabiliser des traumas, ça j’en ai eues quelques-unes ! Mais lorsqu’on quitte le CLSC aux petites heures et qu’on aperçoit une magnifique aurore boréale dansante dans le ciel, on oublie vite notre fatigue.

J’ai appris tellement durant mes six années de travail en CLSC : appris à ne pas faire de jugement, appris de la culture inuite qui vit au moment présent contrairement à moi qui est souvent à me demander qu’est-ce que je ferai demain ou la semaine prochaine, appris à prendre ma place en tant qu’infirmer en CLSC. Avec les années, j’ai eu la chance de pouvoir créer des liens avec mes collègues inuit, je n’étais plus le « Qallunaq » de passage, mais plutôt Kévin l’infirmier du village de Puvirnituq.

En 2014, j’ai obtenu l’opportunité d’avoir le poste de chef d’unité de l’hôpital et du bloc opératoire. Donc depuis un peu plus de deux ans, j’ai troqué mon stéthoscope pour un clavier d’ordinateur ! Ce nouveau défi me permet de m’assurer que les patients inuit et « qallunaq » reçoivent des soins de qualité par des professionnels compétents. Je dois, avec l’aide de l’équipe du bloc opératoire, coordonner environ 28 semaines opératoires à Puvirnituq. Nos services ont augmenté à un point tel qu’il n’est pas rare que cinq infirmières, deux préposés en stérilisation et une agente administrative fassent partie de l’équipe du bloc opératoire.

À l’unité de soins de Puvirnituq, infirmières et préposés en établissement nordique travaillent en harmonie et il arrive parfois que des travailleurs inuit enseignent quelques bases d’inuktitut aux nouvelles infirmières, car il faut l’avouer, l’inuktitut est loin d’être une langue facile à apprendre !

Je peux sans l’ombre d’un doute affirmer que mon aventure qui se poursuit encore et qui se continuera encore longtemps, je l’espère, m’a fait évolué en une meilleure personne et m’a transformé pour le mieux. Il est important de se faire sa propre opinion du Nord et ne pas laisser les différents médias nous influencer, car souvent ce qui est relaté dans les médias n’est que le côté sombre du Nord et il y a tellement de belles rencontres à faire ici, vous le constaterez par vous-mêmes.


Kévin Dulong, chef d’unité, stérilisation et services spécialisés
Katatyak (chants de gorge) Février 2016
Je voudrais parler d’un élément de la culture inuite du Nunavik : les chants de gorge. Je suis chanteuse de gorge, et je vous parlerai de ma fierté de maintenir cette belle tradition, une tradition qui remonte à mes ancêtres. J’ai 27 ans et j’ai commencé à chanter de la gorge à l’âge de 13 ans. J’en étais épatée la première fois que j’ai entendu ces chants, quand nos aînées ont commencé à l’enseigner aux enfants, à moi. Ces aînées, Mary Sivuarapik, Aullak Tullaugak, Leela Qalingo, Lucy Amarualik et Nellie Nungak, nous ont enseignés et nous ont racontés des histoires sur les chants de gorge. Cette façon de chanter est encore pratiquée beaucoup et transmise aux générations plus jeunes.

Aujourd’hui, nos performances sont demandées lors des événements locaux et dans d’autres communautés. Dans le temps des fêtes à Noël, lors du festival de neige, organisé aux deux ans par notre comité de loisirs, lors des cérémonies d’ouverture, personne ne veut manquer une telle performance, tellement les gens aiment ces chants. Certaines chanteuses voyagent à travers le monde afin de faire connaître notre culture ; je rêve de voyager dans un autre pays. Une chance que j’ai mon passeport, si jamais j’ai l’occasion de voyager pour chanter. Nos enseignantes nous ont parlés de leur voyage à Paris lors de leur jeunesse, ce qui est source d’inspiration pour moi. Elles ont commencé à chanter quand elles étaient enfants, encore vivant dans des iglous et des tentes.

Les Inuit étaient nomades, se déplaçant selon la saison et à la quête de gibier. Les seuls bruits étaient ceux de la nature et des animaux, la seule musique celle des chants de gorge et des tambours faits de peau de phoque. En imitant ces bruits—vent, oiseaux, bruits des tâches quotidiennes—les femmes se mettaient à chanter de la gorge. Ça servait également de berceuse pour les petits.

Les chants de gorge sont pratiqués principalement par les femmes. Deux femmes se mettent face à face, des fois en regardant chacune la bouche de l’autre, des fois les yeux, et alternent un fredonnement rythmique. Si elles se regardent dans les yeux, il est fort possible qu’elles finissent en éclats de rire. S’il s’agit d’un concours, celle qui se met à rire en premier perd. Une sorte de chant s’appelle qimmiruluapik (« chiot » en inuktitut), parce que c’est le mot répété ou fredonné par les deux chanteuses. Plusieurs chants imitent le bruit d’animaux : l’un imite les outardes, et ça ressemble vraiment au bruit de cet oiseau. Un autre imite le bruit d’une scie à bois ; c’est un favori des spectateurs. Certains chants suivent une mélodie.

Nous espérons que de plus en plus de jeunes apprennent et maintiennent cette belle tradition. Elle fait partie de notre culture que l’on partage volontiers avec le monde. Mon désir est de l’enseigner à la prochaine génération et que les jeunes filles la pratiquent avec fierté.


Lisa-Louie Ittukallak, Puvirnituq
Les fêtes dans le Nord ! Décembre 2015

Je m’amuse souvent en disant à mon filleul et à ma nièce que je vis à côté du Père Noël et que je m’assure qu’il reçoit leur liste de vœux à temps pour le jour de Noël. Ils sont émerveillés et je dois avouer que leur excitation et le regard dans leur visage me portent à croire, ne serait-ce qu’un tout petit moment, que je vis vraiment dans un monde hivernal féerique où tout est possible… oui, même de rencontrer le Père Noël !

Passer le temps des fêtes au Nunavik est une option choisie par de plus en plus de travailleurs non inuits, et je dois dire que je la préfère, l’ayant fait moi-même ces quatre dernières années. Il y a une atmosphère magique qui descend sur les villages à l’approche des fêtes. Plusieurs activités sont organisées, telles les foires d’artisanat, les écoles organisent des spectacles, les maisons sont décorées au maximum, le tout dans un air joyeux et empreint d’esprit communautaire où tout le monde serre la main à tout le monde et souhaite Joyeux Noël à tous.

Il va sans dire, un avantage de rester ici est la garantie d’un Noël blanc ! La quantité varie d’une année à l’autre mais il y a toujours de la neige ; on regarde par la fenêtre le matin du 25 et on voit une petite neige tomber, une vue vraiment magique. Les jours sont courts, certes, mais on en profite pleinement : on enfile un pantalon de neige par-dessus les pyjamas et on sort faire de la raquette ou une randonnée en motoneige. On dirait que le temps arrête, nous permettant de jouir de la vie pleinement. Même pour les travailleurs aguerris qui s’en vont au bureau, les heures qu’ils y passent sont tranquilles, le rythme ralenti, leur permettant d’accomplir beaucoup, tout en jasant avec leurs collègues, grignotant des biscuits en pain d’épice et sirotant un chocolat chaud.

Le soir, plusieurs villages organisent des jeux où tous les membres de la communauté sont invités. Les jeux sont pour la plupart inconnus des gens du Sud, mais ils sont caractérisés par des rires, il en résulte beaucoup de bons souvenirs et l’atmosphère est amicale et joyeuse.

Je dois mentionner notre plaisir spécial à Kuujjuaq : le ciel de bonbons annuel. Il court un bruit selon lequel celui de cette année sera le dernier, mais on se croise les doigts que ce n’est qu’une rumeur. Le ciel de bonbons a lieu le matin du 25 : Johnny May, pilote inuit célèbre, pilote son avion à très basse altitude (ayant un permis de vol spécial pour ce faire) tandis que le Père Noël lance des bonbons et des cadeaux par la porte ouverte à la foule en bas. Les cadeaux sont des petits items ou des bons échangeables pour des prix gardés au Forum. L’atmosphère est électrique ; il y a beaucoup de compétition pour attraper quelque chose mais l’air est toujours joyeux.

Certains croiront qu’il y a quelque chose de triste de demeurer loin de la famille et des proches en ce temps de l’année. Je le comprends, mais je dois dire que l’on se fait sa propre petite famille ici dans le Nord, et fêter cette période spéciale avec cette famille est toute une expérience merveilleuse en soi. Il n’y a rien qui compare à se réunir avec les autres gens qui sont restés, qu’ils soient amis proches ou non, pour un souper où chacun contribue quelque chose. On arrive à mieux connaître les autres et, qui mieux est, on ne reste pas coincé dans la circulation… il n’y a même pas un seul feu de circulation ! Ce qui fait le meilleur cadeau de Noël de tous.

Joyeuses fêtes à tous et à toutes ! Que la joie et la paix règnent !
Caroline D’Astous
Agente de communication, RRSSSN 

L’été à Kuujjuaq Août 2015

Pendant la saison estivale les bureaux semblent se vider à vue d’œil. C’est la belle saison ; comme partout c’est le temps des vacances estivales et la plupart des organisations fonctionnent au ralenti avec un minimum de ressources humaines. La plupart des employés engagés du Sud en profitent pour rendre visite à leur famille qu’ils n’ont pas vue depuis quelques mois et les Inuits occupent le territoire. À contre-courant, certains employés du Sud (dont j’en suis) profitent de cette trop courte saison au maximum. Il y a tant de paysages à voir, tant d’excursions de pêche à naviguer, tant de marées à prendre, de ballades, de randonnées à marcher, de levers et de couchers de soleil, de faune et de flore à observer ! Par chance, les jours d’été à Kuujjuaq sont beaucoup plus longs qu’au Sud. Au solstice le soleil ne se couche presque pas… les journées sont interminables ! Quelle chance pour qui veut en profiter au maximum pour faire des activités à l’extérieur. On a presque deux journées en une. On paiera plus tard, au plus creux de l’hiver, mais pour l’instant, pas question de perdre une minute.

Les plus braves profitent de ces jours tous simples et parfaits de soleil qui font grimper le mercure au-dessus du 25 degrés pour aller « piquer une tête » dans la rivière dès la fin de la journée de travail ou pendant le weekend lors d’une excursion de camping. Un petit cinq à sept sur le bord de la plage ? « Apporte une palette pour le feu, on se fera un petit souper improvisé ».

Qu’est-ce qu’on fait en fin de semaine ? On va camper ? Oui, oui ! On se trouve un petit coin tranquille dans ce vaste territoire et on monte la tente pour la nuit. Un filet pour le corps, une chaudière de « deet » et un petit feu saura chasser les piqueurs-suceurs qui seront légion si le vent se calme trop. Pas âme qui vive à des kilomètres si ce n’est que du geai gris curieux de voir ce que nous faisons ou de la loutre mécontente qui nous dit que c’est son poisson à elle. Le soleil finit par descendre à l’horizon, on se fait un « tchin », ça c’est la belle vie.


Marc-André Lamontagne
Services pré-hospitaliers d'urgence et mesures d'urgence
Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik




 

La médecine au Nunavik: une expérience unique! Mai 2015

La médecine familiale dans le Grand Nord n'a pas son égal : transculturalisme, polyvalence, travail d'équipe. Il y a une douzaine d'années, alors que j'étais encore étudiante, je suis venue y faire un stage et j'y ai découvert une pratique humaine aux horizons larges avec une population locale très attachante. J'ai lancé ma pratique ici il y a maintenant quelques années et je suis encore fascinée et stimulée quotidiennement par mon travail.

Transferts aéromédicaux, urgences diverses, hospitalisation, prise en charge, visites à domicile, soutien aux autres professionnels, notre champ de pratique ne semble avoir aucune limite, tout comme la toundra ! On se sent tous un peu superhéros quand on embarque dans un petit avion bimoteur—le légendaire Twin Otter pour les intimes—pour aller récupérer un patient instable dans un autre village. Nous prenons en charge intégralement chaque patient qui se présente à nous, du bébé tout neuf aux aïeuls du village. Cela nous permet de maintenir nos compétences dans tous les domaines de la médecine : pédiatrie, médecine interne, psychiatrie, traumatologie, santé de la femme, etc. Il n'y a pas de journée typique de travail dans le Grand Nord, nous ne connaissons pas la routine. La seule certitude que nous avons, c'est que tout peut arriver ! Durant la même journée de travail, je peux faciliter le maintien à domicile d'un patient en fin de vie par téléphone dans une communauté dépourvue de médecin et je peux stabiliser un patient polytraumatisé victime d'un accident de la route. Il n'y a pas de journée plus gratifiante que d'avoir travaillé fort toute la nuit en équipe à stabiliser un patient en état critique et de le voir s'envoler sur les ailes de l'avion-ambulance pour aller rejoindre les milieux de soins tertiaires. Avec les ressources limitées et les possibilités d'imprévus multiples, il faut savoir se remettre en question, s'adapter et être créatif.

Avec les années, j'ai développé un lien étroit avec les patients et leur famille. Ce qui me fait le plus chaud au cœur, c'est quand je reviens d'un congé « dans le Sud » comme on dit ici et que plusieurs membres de la communauté m'accueillent en me disant « Welcome back home, doctor » ! J'ai un accès privilégié au quotidien, aux croyances et aux valeurs des Inuits grâce à mon travail. Je suis déjà rentrée d'une visite à domicile avec une outarde entière—avec le bec et les plumes en prime—offerte par la famille de la patiente ! Le travail transculturel, à condition d'être ouvert d'esprit, nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes.

En plus du travail stimulant, le Nunavik offre un milieu naturel incomparable pour les amoureux de plein air. Ski de fond, ski cerf-volant, kayak, randonnée, vélo, camping, les possibilités sont infinies. Les sautes d'humeur de la météo locale, avec ses vents parfois violents et ses blizzards, éprouvent régulièrement notre capacité à lâcher prise. Le ciel du Nunavik offre des spectacles à couper le souffle tout au long de l'année : couchers de soleil flamboyants, lune rougie par le crépuscule estival infini et mythiques aurores boréales. Rien n'est plus fort et plus beau que la nature !


Geneviève Auclair
Médecin de famille et chef du département de médecine
Centre de santé Inuulitsivik Chef du DRMG du Nunavik en remplacement temporaire

Processus d'embauche et formation à l'orientation Mars 2015

Vous trouverez sous la bannière Perspective Nunavik toutes les informations nécessaires concernant le travail dans le domaine de la santé et des services sociaux au Nunavik. Notre réseau est composé de deux centres de santé ainsi que d’une régie (équivalence d’une agence) régionale :

  • Centre de santé Tulattavik de l’Ungava (CSTU), situé à Kuujjuaq et qui gère les services de la côte d’Ungava;
  • Centre de santé Inuulitisivik (CSI), localisé à Puvirnituq et qui gère les services de la Côte d’Hudson;
  • Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik (RRSSSN) basée à Kuujjuaq.


Bien que ces trois organisations affichent leurs offres d’emploi sur Perspective Nunavik, chacune a son service de recrutement et ses processus d’embauche propres à elle. Une candidature non retenue à un centre de santé ne le sera pas nécessairement à l’autre ; par contre, il faut postuler aux deux endroits. Comme chaque organisation est une entité indépendante il faut faire un processus d’embauche par endroit, et ce, à tous les niveaux : entrevues, références, examen de santé, etc.

Par contre, les conditions de travail des trois organisations sont très semblables car les avantages nordiques des centres sont basés sur la convention collective CSN et FIIQ et pour la RRSSSN sur les conditions de travail du personnel syndicable/non-syndiqué du gouvernement. Les avantages nordiques pour le personnel d’encadrement sont identiques à ceux des autres salariés.

En plus du salaire, il y a des avantages très intéressants tels que :

  • Prime d’éloignement;
  • Prime de vie chère;
  • Prime de rétention selon la convention.
 

Pour les personnes embauchées à plus de 50 kilomètres de leur lieu de résidence nous offrons également :

  • Quatre sorties annuelles (si avec dépendant, trois sorties annuelles par personne);
  • Logement meublé (possibilité de devoir être en transit ou en cohabitation au début);
  • Remboursement des frais de déménagement et d’entreposage d’effets au Sud.
 

De plus, pour les nouveaux diplômés travaillant en région éloignée, un crédit d’impôt est disponible.

 

Vous avez postulé, ensuite ?

Si votre profil professionnel et vos qualifications correspondent aux besoins de l’organisation et que l’on décide de vous contacter pour une entrevue, sachez que celle-ci sera faite au Sud, soit à Montréal ou Québec.

Suite à votre entrevue, si l’on décide de retenir votre candidature, le processus d’embauche complet est d’environ un mois, le temps de confirmer vos références et pour vous de passer vos examens médicaux.

Par contre, comme dans tout emploi il se peut que le besoin de combler le poste soit urgent et que votre délai soit plus court que celui mentionné. Au Nunavik il faut toujours être prêt à toute éventualité. Quelle que soit la situation le personnel en dotation discutera avec vous de vos besoins.


Vous avez fait le saut, vous avez dit oui, étape suivante !

Afin de faciliter l’intégration et l’adaptation dans le nouvel emploi, les nouveaux employés embauchés par une des trois organisations recevront une formation à l’orientation de deux jours à Montréal avant d’intégrer son nouvel emploi au Nunavik. La formation est donnée par une Inuk et des employés possédant une expérience nordique à qui vous pourrez poser vos questions.

Les journées se dérouleront comme suit :

  • La première journée portera sur la culture inuite ainsi que l’apprentissage de quelques mots en inuktitut essentiels avant votre arrivée;
  • La deuxième journée portera sur l’organisation des services des trois organisations du réseau, la préparation avant de monter au Nord et une courte présentation sur l’adaptation culturelle.


Ensuite, bon vol ! Le Nunavik vous attend !
Si vous avez le goût de vivre une expérience professionnelle dans un cadre nordique, nous vous invitons à joindre une de nos équipes.

La santé mentale au Nunavik a plusieurs visages Février 2015

C’est cette femme schizophrène qui a réussi à adopter une petite fille ayant elle-même un retard mental, c’est cette même jeune fille qui, 20 ans plus tard, m’amène un pot de confiture Kraft plein à ras bord des comprimés et gélules que sa mère ne prend plus depuis 1 mois et dont elle ne sait que faire… C’est cet homme dans la quarantaine, fragilisé par une maladie mentale due à des abus de drogues, qui erre toute la journée dans le village, allant de l’hôpital à la commission scolaire, à l’agence de la santé, chaussé de bottes de caoutchouc et d’un manteau trop mince, car son petit logement est souvent envahi par des jeunes qui viennent y faire la fête et le terrorisent…C’est cette jeune nouvelle maman, schizophrène elle aussi, en détresse face aux besoins d’un nouveau-né, qui n’en peut plus…

Mais…

C’est aussi une équipe de médecins, infirmières, travailleurs sociaux, psychiatres et organisations communautaires dynamiques, innovateurs, dévoués qui travaillent en équipe et réussissent à soutenir la mère et sa fille en changeant la médication orale en injectable, tout en maintenant à domicile la famille jusqu’au décès de la mère, permettant que la fille conserve son autonomie. C’est cette équipe qui soutien des nouvelles ressources de traitement et d’hébergement qui vont permettre à l’homme d’avoir une chambre à lui, sécuritaire, un revenu, et de manger à sa faim… C’est finalement toujours la même équipe qui va s’arrimer avec l’équipe du centre de référence pour organiser les soins médicaux, sociaux, un service de garde pour l’enfant, de façon à ce que la jeune maman puisse récupérer de façon adéquate et être en mesure de bien élever son fils.

Le travail au nord, que ce soit en santé mentale ou autre, est complexe par le manque de ressources, et le transculturalisme fait partie intégrante de notre réalité. En contrepartie, cette réalité est très enrichissante pour les intervenants, en termes d’expérience culturelle et de relation d’aide. Quand je pense à certains de mes patients qui réussissent à vivre avec leur maladie mentale, qui ont un travail, un endroit bien à eux, ne sont plus judiciarisés et n’ont pas été hospitalisés depuis quelques années, je suis fière que mon intervention ait eu une petite part dans leur succès.

Chaque personne qui travaille dans le domaine de la santé mentale au Nunavik a l’opportunité de faire une différence dans la vie d’un (e) ou des Nunavimmiut. Êtes-vous prêt à faire cette différence ?


Nathalie Boulanger
Médecin de famille au Centre de santé Tulattavik de l’Ungava (CSTU) et
médecin conseil pour l'équipe de santé mentale à la Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik (RRSSSN)

Travailler au Nord Mars 2014

Le Nord, ce vaste territoire isolé et encore méconnu, éveille l’imaginaire… D’ailleurs, la plupart des gens (et moi-même, avant de faire le grand saut nordique) se représente le Nord comme un ensemble indéfini qui comprend tout ce qui se situe au-dessus du 55e parallèle. Mais au-delà du froid polaire, de la toundra et de ses étendues sauvages, se cache une terre de possibilités, un milieu de vie hors du commun et un peuple attachant. C’est ce qui m’anime encore aujourd’hui, après près de trois ans à travailler en protection de la jeunesse au Nunavik.

Mon travail auprès des enfants et des familles inuits est une source continue d’apprentissage et d’échange mutuel. Pour nous, travailleurs venus du Sud comme on nous appelle, l’intégration dans ce milieu demande une grande ouverture d’esprit et met à l’épreuve nos capacités d’adaptation. Car bien que notre intervention soit régie par la Loi sur la protection de la jeunesse, la même qui est appliquée à travers toute la province de Québec, nous devons l’adapter à la réalité culturelle. Et laissez-moi vous dire que plongé dans cette culture différente et unique, ce petit alinéa de la LPJ prend tout son sens…

Travailler au Nord c’est accepter de se remettre en question, d’être confronté à sa propre ignorance par la perte de ses repères personnels et professionnels et de s’ouvrir à l’inconnu… aller au-delà de ses savoirs, de sa « vision du Sud », de ses idées préconçues et prendre le temps de connaître et de respecter la culture inuite. En ce sens, le travail d’équipe avec nos collègues inuits amène un échange enrichissant où chacun apprend l’un de l’autre. Plus encore, la collaboration avec les membres et les ressources de la communauté et la participation des aînés sont primordiales dans un esprit de prise en charge par la communauté. Le travail au Nord demande beaucoup d’humilité, un bon esprit d’équipe mais aussi la créativité nécessaire pour favoriser, par nos interventions, la mobilisation de la communauté. L'expérience est un bel exercice de lâcher prise; ici on apprend à faire avec… Cela peut paraître simpliste mais se reflète dans les plus petits gestes du quotidien, ceux que l’on prend pour acquis « au Sud ». Faire avec… la quantité d'eau potable qu'il te reste dans le réservoir (ce sont les camions municipaux qui assurent l'approvisionnement en eau potable et la collecte des eaux usées); faire avec… ce qu'il reste sur les tablettes à l'épicerie; faire avec… la météo et la rigueur du climat qui créent parfois des annulations ou des retards dans les horaires des avions. Il faut dire que le Nunavik n’est pas relié au reste de la province par voie terrestre, le seul moyen de s’y rendre est par avion. C’est aussi la seule façon de se déplacer d’une communauté à l’autre. Imaginez l’excitation la première fois que j’ai pris l’avion pour me déplacer dans une autre communauté dans le cadre de mon travail, c’est quand même hors du commun !

Le Nord nous en apprend aussi beaucoup sur nous-mêmes et nous donne de belles leçons de vie… Dans mon travail, je suis confrontée par mes limites d'intervention, par un manque de ressources, par le choc des cultures, par des conflits de valeurs, par la barrière de la langue (la langue première des Inuits est l’inuktitut, bien que la grande majorité d’entre eux parlent anglais ou français), mais c’est tout ce qui rend cette expérience si enrichissante et marquante. C’est aussi dans ces moments que je m’inspire de la grande force et de la résilience du peuple inuit, un peuple légendaire, qui a su s’adapter et survivre dans un climat aride et qui encore aujourd’hui doit s’adapter aux changements et à la perte de ses repères. Et pourtant, le peuple inuit demeure un peuple chaleureux, fier de leur riche culture, qui aime rire et s’amuser. La majeure partie de la population est jeune (60 % a moins de 25 ans), ce qui représente tout un défi mais est surtout porteur d'espoir.

Vivre au Nord c’est au-delà de l’emploi… Bien plus qu’un travail, le Nord appelle à un mode de vie différent. La nature omniprésente, l'air pur, la proximité et l'esprit d'entraide apportent une qualité de vie inégalée. Le Nord nous invite à un retour à l’essentiel, à la simplicité et à la richesse des rencontres humaines. C'est une expérience stimulante, une occasion de grandir, de se réaliser autant personnellement et professionnellement.

Prêts à faire le saut ? :)
Sortez des sentiers battus
Mettez les voiles
Explorez
Rêvez
Découvrez


Jessica Boudreau
travailleuse sociale, conseillère clinique
DPJ, Centre de santé Inuulitsivik